Comme les pros américains du poker
Comme les pros américains du poker
Venus parfois de loin, ils étaient 99 à participer hier au premier tournoi légal de poker en Suisse romande. Et en toute légalité…
![]()
Finis les tournois illégaux organisés par des gens louches dans les arrière-salles de bistrots. Hier, pour la première fois, une centaine de personnes se sont retrouvées à Vevey (VD) pour jouer - en toute légalité - au Texas Hold’em.
En toute légalité? Oui. Car, en décembre dernier, la Commission des maisons de jeu a octroyé plusieurs autorisations à des particuliers. Seule condition: les règles appliquées par l’organisateur doivent favoriser la stratégie des joueurs et non la chance.
Ainsi, le Lausannois Pedro da Costa (swisspokerchips.ch) est le premier en Suisse romande à bénéficier de ce relâchement de la législation.
Et, avec la pokermania qui frappe la Suisse, il n’a pas eu besoin de faire beaucoup de publicité pour que son tournoi affiche complet… Dans la salle, les joueurs ont entre 18 et 60 ans. Certains sont venus de loin, comme de France voisine ou d’outre-Sarine.
«Les gens sont ravis, explique-t-il. Avant, il n’y avait que les tournois illégaux et les casinos, où il faut sortir 300 francs pour accéder à une table.»
Jouer douze heures d’affilée
Hier, la somme était bien plus abordable: 88 francs. Soit 80 francs pour obtenir 2500 points en jetons (une somme entièrement reversée aux gagnants) et 8 francs de plus que l’organisateur empoche. Seuls les 15 premiers joueurs se partagent les gains, avec 1980 francs pour le grand vainqueur.
Mais, pour décrocher le pactole, il fallait jouer douze heures d’affilée, en attendant que les adversaires manquent de jetons et soient éliminés.
Fallait-il encore savoir affronter toutes les catégories qui essaimaient la salle. Et, pour commencer, les plus redoutables, les presque pros, ceux qui pratiquent depuis belle lurette les tournois illégaux. «J’en fais tous les week-ends, ce qui me permet de gagner environ 600 francs par mois», confie l’un d’entre eux.
Pas évident de se retrouver en face quand, comme Rachel Greppin, 33 ans, on est habitué aux parties sur Internet et qu’on participe à son premier tournoi «live». «C’est beaucoup plus drôle, s’enthousiasme-t-elle. On voit la réaction des gens.»
Rachel est l’une des rares femmes inscrites au tournoi. Elles ne sont que sept. Le poker, un jeu d’hommes? «Pas du tout, rétorque-t-elle. En plus, les femmes sont plus douées pour lire la gestuelle de leurs adversaires.»
A une autre table, David Brunner, 25 ans, fait partie d’une autre catégorie. Ceux qui vont au casino. «En une année, j’ai joué 640 heures et j’ai gagné 21 900 francs. Ce qui me fait 34 francs par heure.» Comme la plupart des participants, il rêve de devenir pro un jour. Gagner des millions lors des tournois américains retransmis à la télévision. En tout cas, David joue déjà comme eux: à chaque donne, il calcule sa cote (le pourcentage de chance qu’il a de gagner) et mise en fonction.
Lunettes noires et capuchon sur la tête
Comme beaucoup hier, il a mis ses lunettes noires et rabattu son capuchon. Certains préfèrent la casquette. Le but est de cacher ses émotions. Montrer le moins de signes visibles à l’adversaire. Christophe, 44 ans et papa d’un petit enfant de 3 ans, a choisi le même déguisement. Un occasionnel déjà bien accro. «Je joue le soir sur Internet, quand mon fils dort.»
Idem pour Bernard Borloz, 44 ans, chef de service: «Comme j’ai arrêté de fumer, j’ai remplacé mon budget cigarettes par le poker. Et contrairement à tout ce que tout le monde raconte, les joueurs ne gagnent pas souvent. Comme 90% d’entre eux, je perds de l’argent.» Au fil des heures, la tension monte alors que les «blinds» - mises de départ pour chaque donne - augmentent. Au début du tournoi, la mise était de 10 points. A la table finale, le «blind» commence à 5000 points pour finir à 10 000, quand il ne reste plus que deux joueurs.
Les perdants s’entassent autour des tables et forment un public averti. Le stress monte d’un cran. Certains se laissent griser en annonçant «All in» ou «Tapis». Ils misent ainsi d’un seul coup tous leurs jetons. D’autres se lèvent quand un coup est trop délicat ou provoquent les adversaires à haute voix. Il ne manque plus que les caméras, mais les participants, eux, se prennent déjà pour les stars américaines qu’ils ont vues à la télévision.
Source : www.lematin.ch


