Poker - Le savoir avance
On a pu entendre des conférences très variées lors d’un colloque consacré au poker, vendredi, au Congrès de l’Association francophone pour le savoir.

Jouer au Poker en ligne
Cinéma
À la fin du film Rounders, John Malkovich pique toute une colère: «This son of bitch! All night, check, check, check!» s’étouffe-t-il après avoir été vaincu par le jeu patient de Mike McDermott (Matt Damon).
Sa fureur est typique de l’image du perdant au cinéma, selon la sociologue Madeleine Pastinelli, qui a analysé avec le chercheur Serge Chevalier la représentation du poker au cinéma et à la télévision, lors de leur conférence, vendredi à Québec.
Dans la vraie vie, le vaincu a plutôt tendance à rester stoïque, comme l’a montré Serge Chevalier, avec un extrait d’un tournoi européen, capté par au moins une dizaine de caméras de télévision et décrit comme un événement sportif.
Le joueur de poker au cinéma change avec les époques. Jusqu’aux années 50, le héros du film gagnait parce qu’il était chanceux, car la chance favorisait les «justes».
Après 1950, le héros gagne parce qu’il contrôle ses émotions et peut manipuler l’adversaire. On le voit dans des films comme The Cincinnati Kid et la série Maverick. L’ennemi transpire, tremble, perd son sang-froid. Le héros triomphe grâce à sa maîtrise de soi. «Parfois, tout ce qui reste, c’est la pupille de l’oeil qui se dilate, c’est la seule chose qu’on ne peut pas contrôler», dit Mme Pastinelli.
En 2008, la vision du poker des cinéastes a évolué quelque peu. «Les cartes n’ont rien à voir. Il faut jouer le joueur!» dit Burt Reynolds à son jeune poulain dans Deal. Cela résume bien une philosophie actuellement assez répandue.
Babillards
Lors de ce colloque «Poker, jeu par internet: questions de santé, de société et de culture», la sociologue Madeleine Pastinelli a également présenté le fruit de ses recherches sur une communauté de joueurs de poker. Elle s’est servie du babillard internet Princepoker pour comprendre les joueurs et leurs aspirations.
Princepoker, c’est une communauté virtuelle d’environ 5000 membres, dont un millier partagent régulièrement leurs expériences et échangent des conseils sur le babillard.
D’après son étude, basée sur l’analyse de 6000 discussions, une dizaine de ces mordus gagnent leur vie au poker. Plusieurs autres en tirent un revenu d’appoint, et la très grande majorité n’en tirent pas de gains substantiels.
Il n’en demeure pas moins que pour nombre d’entre eux, le poker comme métier représente un projet concret ou du moins un rêve plus ou moins réaliste. «Si je m’améliore, l’argent se pointera tôt ou tard», écrit l’un.
Pour y parvenir, les membres du forum étudient et s’imposent des règles de discipline. «J’ai l’intention de participer activement au forum pour évoluer le plus rapidement possible sans brûler d’étape», écrit un autre. Cette vision du jeu semble si répandue que la sociologue se demande s’il reste encore des gens assez naïfs pour jouer sur l’internet à l’argent comme s’il s’agissait d’un simple jeu de hasard. Conclusion: les seuls poissons restants sur l’internet pourraient bien être les «futurs» professionnels.
Journaux
L’anthropologue Élisabeth Papineau s’est penchée, elle, sur ce qu’elle appelle le processus de normalisation accélérée du poker. Dans un échantillon de 78 articles de journaux, elle observe une couverture fortement positive, où une des voix les plus critiques est celle de Ronald King, qui se méfie de voir des joueurs de hockey s’intéresser au poker.
Mme Papineau note que l’industrie du jeu se sert du poker pour «revivifier l’image des casinos avec les jeunes». Le jeu y perd de sa beauté au nom du profit. Le poker électronique et l’internet en particulier modifient le jeu, qui perd son rythme normal et son aspect social, ce qui risque de créer de la dépendance.
Ce colloque sur le poker était organisé par l’Institut national de la santé publique, l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et l’Université Laval.
Fait amusant: le seul comportement compulsif observé au cours de cette journée de conférences a été celui d’un activiste de la prévention des problèmes de jeu.
Source : www.cyberpresse.ca



