Robert Louis-Dreyfus et le poker
La leçon de poker
Si Robert Louis-Dreyfus, «le con de la famille» comme il dit de lui, est un brillant entrepreneur, c’est grâce au poker qu’il a appris la psychologie des affaires.
«Tout a débuté au lycée Janson-deSailly, à Paris. Robert, 16 ans [en 1962. NDLR], cancre timide, se fait remarquer par une bande de fils à papa accros au poker. Les débuts sont
difficiles, il a peu de fric àperdre. «Chez nous, il fallait tondre la pelouse pour gagner un peu d’argent.» Mais il devient rapidement un bon joueur, qui maîtrise parfaitement les probabilités et n’est pas mauvais au bluff. «Au poker, dans 95 à 98% des donnes, vous jouez au pourcentage. C’est la Caisse d’épargne, ça rapporte du 2%. Et puis, à de très rares moments, une occasion se présente. Il faut alors juger vos adversaires. Certains vont bluffer. C’est là qu’il faut prendre des risques», explique Robert Louis-Dreyfus.
Le poker, c’est une révélation. «J’étais très complexé, mais avec les cartes j’existais, j’avais du talent», avoue-t-il. Le «con de la famille», comme il aime à répéter, se prend à croire en lui. Il n’a de cesse de jouer. Son père et surtout sa mère sont affligés. Mais lui s’en moque. «Dans le poker, je cherchais la compétition, comme dans tout d’ailleurs. Les gens ne le croient pas, car j’ai toujours l’air évaporé, mais je suis compétitif» Il amasse en moyenne de 3000 à 5000 francs par semaine. C’est la liberté, la grande vie.
A 21 ans, départ pour Londres, en stage auprès du banquier Siegmund Warburg. Il travaille beaucoup mais gagne bien peu. C’est là-bas qu’il se fit sa réputation de joueur. Il partage ses nuits avec des figures du business. «La psychologie des affaires, je l’ai apprise au poker, affirme-t-il. Dans ces deux disciplines, il faut être compétitif et observer les gens.» Il croisera ainsi le fer avec Jimmy Goldsmith, mais aussi Charles Saatchi. La légende dit que le génial publiciste l’embauchera en 1989 pour redresser son agence au lendemain d’une partie. L’intéressé le confirme.
Le fils de bonne famille va amasser au fil des années un véritable trésor. «Entre 16 et 22 ans, j’estime avoir gagné de 450 000 à 500 000 dollars au poker. Le tout en cash et sans impôt», sourit-il. C’est sur ses propres deniers qu’il finance son MBA à Harvard. «Mes parents ont proposé de m’ aider, mais c’était royal de dire non.» C’est aussi avec son pactole qu’il arrondit ses fins de mois chez Louis-Dreyfus au début des années 1970. L’héritier reçoit quelque 1 000 francs par mois… pas de quoi assurer son train de vie.
Plus extraordinaire, la cagnotte constituée dans les salles enfumées va lui permettre d’amorcer sa première fortune professionnelle. A son arrivée, après avoir claqué la porte du groupe familial, à la société d’études médicales IMS en 1981, dont il devient rapidement le patron, Robert Louis-Dreyfus obtient des stock-options, mais achète également des actions. Il finance cette acquisition essentiellement avec ses réserves de jeu, soit 400 000 dollars. A la revente de la société, huit ans plus tard, il empoche une centaine de millions de dollars. Joli coup. Cette passion du poker a duré plus d’un quart de siècle, Robert Louis-Dreyfus a arrêté du jour au lendemain. Plus le temps. «Ce qui m’amuserait, si je prends ma retraite, c’est d’aller au championnat du monde. Je m’entraînerais pendant six mois. Je mettrais 10 000 dollars au départ et je verrais le résultat.»
Source : www.challenges.fr


