Las Vegas. La ville de tous les frissons. C’est là que se déroule jusqu’à mardi le plus prestigieux des tournois de poker avec, à la clé, un prix de 8,5 millions de dollars.
A Las Vegas, il faut jouer le jeu. Tous les jeux. Dans ce paradis du carton-pâte, du strass et des apparences, le tape-à-l’œil et l’argent règnent en maître et la foule hallucinée déambule les yeux rivés sur les néons, comme des lucioles attirées par la lumière. C’est ici, naturellement, qu’a lieu le tournoi de poker le plus important au monde : le WSOP (World Series of Poker). Depuis le 1er mai et jusqu’au 14 juillet, 60.875 participants s’affrontent dans 57 compétitions différentes, dont la dernière constitue le point d’orgue : le fameux Main Event, Graal des professionnels. Près de 7.000 inscrits et 8,5 millions de dollars pour le vainqueur. Il suffit de payer 10.000 dollars pour participer à cette manifestation ouverte à tous… ceux qui en ont les moyens. Ainsi, se mélangent amateurs et professionnels.
Le 1er site de poker en ligne, Winamax.com, sponsorise l’une des meilleures équipes françaises, dont fait partie Arnaud Mattern. Agé de 29 ans, il a débuté en 2003 et a remporté l’EPT (European Poker Tour) en 2007. Ses gains cumulés dépassent 1,3 million de dollars. Une très belle performance.
Début juillet, premier jour de la compétition, 10 heures. Le réveil résonne dans la chambre 2027, au 20e étage du Wynn, l’hôtel le plus luxueux de Las Vegas. Hier, Arnaud le noctambule s’est couché tôt (2 heures, tout est relatif). Ce vendredi, il s’apprête à disputer le day 1, première des sept manches du Main Event. Une bouteille d’eau avalée, une douche chaude « pour faire monter la température du corps » et direction la salle de fitness : « Rien de tel que le sport pour évacuer le stress. » C’est seul dans sa chambre, au calme, qu’il prend ensuite un petit déjeuner copieux, plein de sucres lents (céréales, pain…) et enchaîne avec un quart d’heure de méditation.

11 h 30. Sous l’énorme auvent à l’entrée du Wynn, le ballet des limousines et des taxis. Des pin-up perchées en robe lamée (en fin de nuit ? au début de la journée ? le temps n’existe pas à Vegas) croisent les touristes en tongs. Arnaud saute dans un taxi pour le Rio, ce vieux casino décati où se déroule le plus prestigieux des tournois. Température extérieure : 39 °C, température intérieure, 18 °C ! La gigantesque Amazon room, la plus grande des salles, est déjà bien remplie. On se salue. « GL ! » (« good luck ! », dans le jargon pro) se lance-t-on de toutes parts. Arnaud retrouve ses copains de la team Winamax.
12 heures. Coup d’envoi. 136 tables de 8 à 10 joueurs. 30.000 dollars de jetons chacun et c’est parti pour une dizaine d’heures. Mauvais début pour Arnaud qui perd de bonnes mains et se retrouve vite à 17.000 dollars. Derrière ses lunettes de soleil, il reste de marbre. Statistiquement, les pros n’atteignent les places « payées » que dans 20 % des tournois : « Vous en connaissez beaucoup, des disciplines où les meilleurs perdent huit fois sur dix ? » fait remarquer Arnaud. « Le seul moyen de gagner, c’est de durer. C’est le mental qui fait le champion. Pas les victoires. » D’où l’importance des sponsors, qui payent les droits d’entrée dans les tournois. Au moins, s’ils ne touchent pas d’argent, les joueurs de team n’en perdent pas.
14 heures. Premier break. Vingt minutes. A peine le temps de filer aux toilettes, de prendre des nouvelles des copains et d’avaler quelques fruits, « la seule nourriture que je digère sans fatigue », nous confie Arnaud. Le poker est un sport de haut niveau.
15 h 30. Dans l’immense salle, on n’entend que le cliquetis incessant des milliers de jetons, comme un bruit de cigales. Ici et là, quelques têtes connues : Raymond Domenech, Estelle Denis, Hélène de Fougerolles et Patrick Bruel, bien sûr… Appuyé sur le dossier de sa chaise, Arnaud se fait masser. « Ça occupe quand il ne se passe rien, ça détend quand ça va mal et ça me protège de l’impatience. » L’impatience, le pire ennemi du joueur. Arnaud passe, passe encore et encore. Il attend les bonnes cartes. Soudain, il bluffe. Ça marche. Le tapis remonte. A 16 h 30, la pause dîner (quatre-vingt-dix minutes, et des fruits, encore), il est à 33.000 dollars.

20 heures. Nouveau break. Dans la salle de pause, après une microsieste d’à peine quelques minutes, Arnaud décompresse avec le coach de l’équipe, Julien Brécard, sans jamais évoquer la partie en cours. « Le cerveau est déjà mis à rude épreuve, ce n’est pas l’heure du débriefing », indique le joueur.
20 h 30. Fébrile, Arnaud envoie un texto à Benjo, le blogueur qui rend compte des événements en quasi temps réel sur Winamax : « J’ai doublé à 72.000. Détails à venir. » Ouf, ça va mieux. Il finira à 22 h 30, après dix heures de jeu, avec le meilleur tapis français à 63.000 dollars.
23 heures. L’équipe est détendue. Les joueurs ont presque tous franchi la première étape. Enfin, ils se racontent et analysent inlassablement leur partie. Tout est mémorisé : plus de dix heures de jeu, à 8 ou 9 par table. Des ordinateurs en guise de cerveau. Ces gamins (le plus vieux a 29 ans) ont passé des milliers d’heures sur Internet, à jouer entre dix et vingt parties simultanées. Ils connaissent par cœur toutes les probabilités d’une « main », devinent même parfois celles de leurs adversaires !
1 h 30. Après un dîner au Wynn tous ensemble, retour à la chambre 2027. Derrière la baie vitrée, la ville s’étale dans la nuit, ressemblant à un circuit électronique avec son quadrillage de rues illuminées. Arnaud passera encore un long moment à regarder ses mails et à répondre aux questions du forum de Winamax. Enfin, il prend une douche froide, « pour faire baisser la température du corps », avant de s’endormir, satisfait mais fatigué.
Malheureusement Arnaud Mattern a été élimé en day 2. Ce vendredi, Estelle Denis est leader des 40 Français encore en lice avec un tapis à 131.800 dollars, tandis que son époux Raymond Domenech est sorti. Patrick Bruel s’en tire avec 64.500 dollars, Alexia Portal avec 33.550 dollars et Hélène de Fougerolles passe tout juste en day 3, avec seulement 18.750 dollars. Vous pourrez suivre la suite de leurs aventures sur Winamax.com, rubrique « WSOP 2009, c’est parti ! ». Fin des éliminatoires le 14 juillet. Rendez-vous pour la finale, le 7 novembre.
Le principe des tournois
Contrairement au « cash game » où l’on joue sans limite financière et où l’on peut quitter la table à tout moment, les tournois se déroulent avec une mise de départ, identique pour tout le monde. Ces mises constituent un pot, le gain final, dont le montant dépend du nombre de joueurs. Les parties se déroulent par tables de dix. Quand un participant n’a plus de jetons, il est éliminé. Pour atteindre les places « payées », il faut faire partie des derniers 10 % de joueurs. Le premier gagne le double du second, qui gagne le double du troisième, qui gagne le double du quatrième, etc.
Pour ceux qui n’ont jamais joué
Il existe de nombreuses variantes du poker. Au Main Event, on pratique le Texas hold’em. On y retrouve les combinaisons classiques de cinq cartes : paire, brelan, couleur, full… les joueurs reçoivent d’abord deux cartes qu’ils cachent. Chacun mise à tour de rôle en fonction de son jeu. Certains passent immédiatement leur tour. Puis le croupier dévoile trois cartes communes. Un nouveau tour de mise ou de « passe ». Une nouvelle carte découverte. Encore un tour de table. Une dernière carte. Un dernier tour. S’il reste au moins deux joueurs, ils montrent leur jeu et la combinaison la plus forte emporte le pot. Mais le plus souvent, le coup se termine sans que l’on connaisse la « main » du vainqueur. Le Texas hold’em ou l’école de la frustration !
Source : www.francesoir.fr
