Une main à 1.2 milions de dollars
Les cousins au poker
Un Québécois et un Français se sont disputé une des plus grosses mains de l’histoire du poker, peut-être la plus grosse. Il y avait 1,2 million en jeu entre Guy Laliberté, l’homme du Cirque du Soleil, et le Parisien David Benyamine. La somme entière reposait sur deux petites cartes, le croupier attendait le signal des joueurs pour les découvrir. Mais comme on était entre cousins, Laliberté et Benyamine ont réglé ça à l’amiable.
Ce grand moment de gambling décadent s’est déroulé sur le plateau de l’émission High Stakes Poker, enregistrée il y a quelques mois, à Las Vegas. La main de 1,2 million a été diffusée lundi et fait scandale dans l’internet. Nous avons donc demandé au principal intéressé, David Benyamine, ce qu’il en a pensé.
Benyamine, considéré par Patrick Bruel comme le meilleur joueur français, vit à Las Vegas. Dans la journée de jeudi, il a gagné 15 000$ au golf contre Phil Ivey et dispute pendant l’entrevue une «petite» partie de 400$-800$ au Hold’Em limite (800$ demeure tout de même la mise minimale).
La main contre Laliberté ne lui est pas tout à fait fraîche en mémoire, il en a disputé 35 000 autres depuis… Ah oui, Benyamine se souvient pourquoi il a annoncé all in (voir le diagramme): «À partir du moment où on va être à tapis, je sais qu’on est assez copains et que ça ne le dérangera pas de dealer sans doute deux fois, en quel cas il y aura de très fortes chances, si jamais il a deux paires, que je touche un des deux tirages sur ma flush.»
De tels marchés sont fréquents dans les grosses parties, même si la proposition de Laliberté de ne prendre que 200 000$ et de partager le reste a fait enrager plusieurs spectateurs. Qu’ils se rassurent, Benyamine aurait été capable d’encaisser la perte, même s’il connaît une mauvaise année: «À ce moment-là de ma carrière, si je perdais ce coup, j’aurais encore été assez confortable. Mais un peu plus tard, ç’aurait été différent.»
L’offre de Laliberté de ne prendre que 200 000$ paraît généreuse quand on sait qu’il était favori à 65% pour remporter le pot entier. Mais l’homme de cirque, qui n’a pas l’expérience de Benyamine, ne connaissait pas les probabilités exactes. Laliberté a-t-il mal évalué la situation ou s’est-il montré bon prince? «Sans doute un peu des deux, dit Benyamine. On est copains et on est capables, quand on joue des grosses parties, de se faire des bons deals. Aussi quand il a vu ma main, il sait qu’il peut tout à fait perdre le coup.»
Benyamine l’acteur
Avant cette main à haut risque, Benyamine avait démontré son savoir-faire à l’émission High Stakes Poker, où les huit participants devaient déposer 500 000$ sur la table (le Finlandais Patrik Antonius avait un million devant lui, il y avait donc 5 millions en argent comptant sur la table et plusieurs gardiens de sécurité dans la pièce).
Le champion du monde 2006, Jamie Gold, a notamment perdu plusieurs pots magistraux contre Benyamine, qui l’avait ciblé. «Gold était beaucoup moins fort que les autres à la table et mon but dans la partie était d’essayer de le rendre un petit peu fou, pour essayer de lui faire faire de plus en plus d’erreurs», dit Benyamine.
À un moment, Benyamine obtient une straight flush, une main qui ne se voit qu’une fois sur 72 000. Benyamine continue de causer et mise quelques dizaines de milliers de dollars le plus naturellement du monde. On s’aperçoit que son table talk (son bagout de Parisien) est peut-être son atout principal. Benyamine donne d’ailleurs un précieux conseil aux lecteurs: «Ne négligez pas l’acting parce que ce qu’on laisse paraître joue une importance énorme, ce qu’on veut que notre adversaire lise à travers nos yeux ou à travers nous. Les pros y accordent énormément d’importance mais ils oublient d’en parler ou n’ont pas envie d’en parler.»
Source : www.cyberpresse.ca




